Est-ce que je confonds la flemme et la détente?

Bon, vu l’endroit où m’a menée la rédaction de cet article, à des lieues de la question initiale finalement (à laquelle je ne donne pas de réponse), j’ai un peu envie de le sous-titrer en « l’art de ne pas émettre de jugement sur une question et accepter de se la poser même si on ne voit pas son intérêt immédiat, pour goûter sa transformation en un message pertinent et précieux ».

Allez, c’est parti. Pour le contexte : y a une part de moi qui adore se poser des questions sur la vie et réfléchir, des questions existentielles par exemple. Des questions auxquelles une autre part de moi (celle qui regarde les vidéos d’Isabelle Padovani et qui lit Arnaud Desjardins) répond : « question ou pas question, réflexion ou pas réflexion, décision ou pas, tout est juste, les choses émergent seules, et le questionnement est inutile ».

Comme j’ai décidé un jour de ne pas me couper d’une seule part de moi, je vais honorer aujourd’hui celle qui se pose des questions, à laquelle les autres parts de moi disent « pff c’est n’importe quoi, tu te prends la tête, laisse la vie se faire, tout ça c’est du vent, du brassage intellectuel et mental inutile ». Ok girls, j’entends que pour vous ça grince un peu on dirait. Un peu en effet… Perte de temps et d’énergie pour vous? Yes.

Et en même temps toutes les voix dans ma tête se rappellent mon « à partir de maintenant« , où j’ai envie de ne rien couper de ce qui est moi, et de pouvoir l’exprimer à voix haute et noir sur blanc, alors on va laisser la part qui questionne se questionner tranquillou, d’autant plus qu’a priori elle n’emmerde personne, les autres parts n’ont qu’à aller dormir dans un coin avec leurs boules quiès, leur doudou et un câlin.

Alors voici la question du jour : est-ce que la détente forte que je ressens face à « ce qui est » est une forme de démission pour ma progression, ma recherche d’alignement, mon évolution vers un meilleur moi?

Autre formulation, comment sentir la différence entre :

En gros comment puis-je être sure que choisir la détente face à « ce qui est » ce n’est pas une fuite vers le confort et donc un frein pour mon évolution.

Un petit exemple

Un petit exemple simple, pour clarifier (et paske moi j’aime bien les chips) :

BEFORE : Je faisais attention à limiter les dîners « bière chips » (oui c’est un concept : une ou deux bière.s et des chips à volonté, et hop pas besoin de dîner, c’est simple, y a pas de vaisselle, ça fait juste les doigts un peu gras, au niveau calories on manque pas trop, pour ce qui est de l’équilibre nutritionnel c’est gras sucre alcool sodium que du bon, bref, vous voyez le truc, hein) ; bon comme on dirait que pour le moment bière chips est intégré à mon ADN (merci Papa), j’avais du mal à limiter ça, et de temps en temps (une fois par semaine disons) je craquais, en me traitant de grosse merde sans volonté après évidemment, j’avais pas encore fait de Communication Nonviolente à l’époque…

AFTER : J’ai accepté que le duo bière/chips fait pour le moment partie de mon paysage nutritionnel. Du coup je n’ai plus aucune auto-limitation, si j’en ai envie je le fais, et si non ben non, facile. En gros je me pose un peu devant le frigo les soirs où l’envie est là, et je prends le temps de tâter cette envie, pour voir si elle fait vraiment oui ou pas. Ben des fois ça fait non. Et pour les fois où c’est oui je ne me tape pas dessus, je goûte sans réserve, le coeur et l’esprit en paix. Au final, la fréquence de ces dîners n’a pas changé, éventuellement même un peu diminué, ça dépend des semaines (enfin, à part la première semaine qui a suivi la décision de ne plus me restreindre et culpabiliser, j’ai bien fêté cette décision on va dire, jusqu’à saturation puis dégoût régulation naturelle).

LA QUESTION : Est-ce que ma détente actuelle m’empêche de progresser vers un meilleur moi (enfin un moi qui mange moins de chips)?

Ok pour la question du coup, c’est clair pour vous?

Un peu de CNV

Là je crois que j’ai envie d’utiliser le processus de la Communication Nonviolente pour réellement traduire cette part qui s’inquiète, pour avoir plus d’information sur ce qui est en jeu en moi. Cette part qui dit : « attention tu confonds la flemme et la détente ». De quoi elle a peur celle-là? Et qu’est-ce qu’elle veut vraiment dans le fond?

Allez, c’est parti. Qu’est-ce que je me raconte quand je dis ça?

Je me dis que je n’utilise pas à fond mon potentiel. Je me dis que l’évolution spirituelle, intellectuelle, émotionnelle ça demande des efforts et qu’il y a forcément un prix à payer (autrement dit ça ne peut pas être aussi simple que « goûter la détente face à ce qui est à chaque instant »). Je me dis que si je ne me pousse pas au-delà de mes limites, dans des abîmes de difficulté et d’épuisement, je ne réaliserai pas le maximum de ce que je peux. Bon y a déjà assez d’information pour commencer la traduction là on dirait. Si je cherche mes besoins sous-jacents quand je dis ça, j’entends le besoin d’évolution sur mon chemin, de développement personnel et spirituel, de réalisation à la hauteur de mon potentiel.

Et pourquoi j’ai peur là?

En gratouillant les besoins, j’ai entendu aussi monter cette petite voix qui me dit que comme tous les humains je porte en moi la possibilité de devenir un être réalisé, éveillé. Comme je n’ai aucun moyen de savoir si c’est ma destinée ou pas d’atteindre l’Eveil, mais que je sais que c’est à la portée de certains êtres, je me dis que si je ne fais pas assez d’efforts, de trucs durs et inconfortables volontairement, je diminue mes chances d’y arriver.

Là c’est marrant j’entends deux choses mélangées, d’une part l’immensité infinie qui est au fond de moi et qui aspire à goûter l’illimité et l’unité, et j’entends aussi une sonorité qui ressemble plus à l’ego et qui dirait « moi je veux m’éveiller, parce que je le vaux bien ». C’est donc ça l’ego? L’aspiration un peu égoïste, arrogante, présomptueuse, démesurée, et en même temps connectée à l’infini qui est en moi, d’atteindre la réalisation que si peu de gens goûtent sur terre?

C’est marrant cette combinaison d’un truc pas très noble qui est la vanité avec un truc super noble qui est l’aspiration à se réaliser pleinement. Là je sens vraiment que ce truc est une pièce qui a deux faces, je n’arrive pas à le réduire à l’un de ces aspects uniquement, « bien » ou « mal », c’est vraiment les deux ensemble, et la part de moi qui cherche à classer « ok » / « pas ok » pour prendre des décisions ne sait pas faire ici, elle voit que ce n’est pas si simple.

Là y a une part qui rigole de voir comment mon esprit fonctionne. Quand j’ai démarré cet article j’avais vraiment mon questionnement axé sur bière-chips, et voilà maintenant que j’exprime à voix haute la question de l’éveil. Bière-chips comme chemin d’accès à la réalisation ça me plait beaucoup (enfin, ça plait à la part de moi qui aime les chips).

Descente dans les aspirations profondes

Bon, et puis-je descendre un peu plus profondément dans le mille-feuille de mes besoins? A quoi me servirait de nourrir pleinement ces besoins-là? A quoi j’aspire? Qu’est-ce que je gagnerais s’ils étaient nourris?

Ça c’est une bonne question en effet. Qu’est-ce que j’imagine qu’atteindre l’éveil m’apporterait? Là je me dis que je n’ai vraiment aucune idée de quelle façon ça pourrait changer ma vie. Ce que je me raconte c’est que je goûterais la bienveillance et l’amour infinis, la détente en toute chose, la tendresse pour tous les êtres, l’unité avec tout ce qui est, et que j’arrêterais de me poser des questions pour savoir si un truc est bien ou mal, noble ou pas noble.

Si je suis parfaitement honnête, y a aussi une voix qui me dit qu’alors je serais légitime pour rencontrer d’autres gens sur cette voie, pour les accompagner, les guider, et goûter la joie de voir l’étincelle de l’infini qui s’allume en eux et les voir se réveiller à leur tour. Ahah, je sens dans mon coeur que je touche un truc là, je touche un bout de la réponse à « qu’est-ce que je veux vivre? » on dirait. Au-delà de la détente, je veux vivre la relation d’amour inconditionnel avec des êtres et pouvoir être une lumière qui soutienne leur évolution.

Et là je vois le truc hallucinant que je n’avais jamais vu jusqu’à présent : dans le fond j’en ai un peu rien à foutre d’atteindre l’éveil ou pas, c’est juste une stratégie pour vivre mon rêve, qui est d’accompagner d’autres êtres vers la libération de la souffrance, ou au moins son allègement durable et plus de détente, et de goûter la joie et le plaisir de voir ces gens se transformer, éclore, émerger, et toucher le vrai et l’infini qui est en eux.

Et là je réalise avec stupéfaction que l’éveil est une simple stratégie à ce stade de mon chemin et que je pourrais en trouver une autre pour vivre mon rêve. Euh : l’éveil est, aujourd’hui, pour moi, une stratégie?!? Enorme, juste énorme, heureusement que personne ne lit ce blog (euh, à part vous mes chéri.es) sinon je vais vraiment passer pour une dingue, à côté de tous les chercheurs spirituels qui ne pratiquent et vivent que pour ça. Bon d’un autre côté, vu que l’éveil est un truc qui ne peut pas être provoqué (à moins d’y consacrer sa vie entière), ça tombe bien que ce soit juste une stratégie et que je puisse en imaginer d’autres.

Bon ben on dirait qu’une bonne partie du job est faite, j’ai mis le doigt sur un gros truc que je veux vivre, à savoir l’accompagnement vers plus de détente, avec le double objectif

  1. contribuer au bien-être et à l’évolution d’autrui ;
  2. pour moi goûter la joie d’observer ceci et de partager ça avec l’autre.

Comme quoi, y a au final beaucoup plus d’information dans la bière et les chips que ce qu’on aurait pu soupçonner au départ, je suis fascinée.

La question initiale a fondu dans les sables…

Ce qui est tout à fait remarquable ici, c’est que la question initiale « est-ce que je confonds la flemme et la détente? » a disparu, je n’ai plus besoin de chercher ma réponse, ce n’était qu’un pointeur vers quelque chose de plus profond. Et ben là je dis merci, merci à cette question, et merci à cette part de moi d’avoir osé la poser, malgré les parts qui disaient « tu te prends la tête pour rien ».

Parce que là je réalise plein de trucs tout d’un coup!

  • Ma destination est claire : c’est l’accompagnement (la forme reste imprécise mais c’est ok pour le moment on dirait).
  • Les outils pour faire ça, je suis déjà en train de les acquérir : pour le moment ce qui me parle c’est la CNV, la maïeusthésie, le Travail de Byron Katie, la pleine conscience et d’autres émergeront peut-être plus tard. J’observe que je me forme à tout ça, j’ai fait des stages et d’autres sont prévus ; autrement dit la machine est déjà en route.

Et si je me pose une de mes questions préférées d’Isabelle Padovani « est-ce que mon chemin a le goût de ma destination? », la réponse est oui, mille fois oui! Je goûte déjà vachement de détente, vachement de tendresse pour les humains que je croise ; je goûte déjà cette joie d’accompagner des êtres aujourd’hui, avec le peu que je sais, à chaque fois que j’écoute quelqu’un activement, dans les stages que je fais, dans mon groupe de pratique de CNV, en binôme empathique, avec des ami.e.s qui acceptent d’être cobayes, avec mes étudiant.es quand ils sont d’accord, chaque fois que je vais en cours, etc.

Et même si parfois je me dis que je pourrais faire mieux, plus efficace ou plus profond, c’est déjà magique : y a des larmes, des instants « ahah », de la détente, de la joie, la vie pure qui émerge et ça a un super bon goût. Et je remarque que j’attends pas d’être parfaite pour le faire, j’ai déjà commencé, ici et maintenant je vis mon rêve. Et c’est bon. J’observe que souvent ça marche, malgré mes erreurs, parce que dans le fond du fond c’est pas vraiment moi qui accompagne, c’est la vie qui émerge (quasi) toute seule. Et j’ai l’impression que souvent elle peut se satisfaire d’un accompagnement bredouillant ou maladroit, du moment qu’il est doux bienveillant sensible et émerveillé, elle pardonne beaucoup parce qu’elle est très motivée pour émerger : elle attend depuis tellement longtemps qu’on se pose un peu pour l’écouter et qu’on se réjouisse enfin de sa présence.

Et ben… Tout ça pour en arriver là… Bon j’hésite à vous offrir une image d’Isabelle Padovani pour finir, ou bien la photo de mon dernier spectacle bière-chips. Je vais faire une petite médiation CNV entre les deux parts et vous verrez bien le résultat…


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Est-ce que mon chemin a le goût de ma destination? Isabelle Padovani http://www.communification.eu

9 commentaires sur “Est-ce que je confonds la flemme et la détente?

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  1. Our Deepest Fear
    by Marianne Williamson

    Our deepest fear is not that we are inadequate.
    Our deepest fear is that we are powerful beyond measure.
    It is our light, not our darkness that most frightens us.
    We ask ourselves, Who am I to be brilliant, gorgeous, talented, fabulous?
    Your playing small does not serve the world.
    There is nothing enlightened about shrinking so that other people won’t feel insecure around you.
    We are all meant to shine, as children do.
    It’s not just in some of us ; it’s in everyone.
    And as we let our own light shine, we unconsciously give other people permission to do the same.
    As we are liberated from our own fear, our presence automatically liberates others.

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