Intention, projet, attitude, état d’esprit : pourquoi ça compte ?

Dans la série « j’ai compris un truc aujourd’hui » je voudrais vous raconter comment j’ai fait l’expérience suivante : le simple fait de me poser la question « quelle est mon intention pour cette rencontre / ce rendez-vous / cette réunion ? qu’est-ce que j’ai envie de vivre, qui soit doux pour moi ? » a radicalement changé mon expérience du moment qui a suivi. En comparant avec toutes les fois où je suis allée en cours ou en réunion tête baissée sans m’être posée cette question, le confort et le bien-être gagné sont énormes. Je vous en dis plus ici.

Définitions

Pour commencer il est peut-être utile de préciser ce que j’entends par intention ? C’est un mot qui est massivement utilisé en Communication Nonviolente, et du coup j’ai oublié s’il fait partie ou pas du langage usuel. « Quelle est mon intention » signifie pour moi « qu’est-ce que j’ai envie de vivre ? » ou encore « quel est mon projet ? », ou encore « quel est mon état d’esprit, dans quelle attitude vais-je arriver », etc. Pour donner un petit exemple, quand je vais en cours avec des étudiant.es à l’université je peux avoir plusieurs intentions/attitudes/états d’esprit divers, qui vont avoir (je vous laisse imaginer) des conséquences très diverses aussi :

  • être super énervée par quelque chose qui s’est produit juste avant
  • croire que le niveau baisse ou qu’elles.ils ne savent plus travailler
  • vouloir leur enseigner quelque chose
  • me positionner comme détentrice d’un savoir, souhaitant leur transmettre
  • vouloir faire preuve d’autorité
  • vouloir accompagner leur apprentissage
  • me positionner avec curiosité face à leurs productions
  • vouloir être en lien avec moi-même, mes limites et mes besoins, et avec elles et eux, leurs limites et leurs besoins
  • etc.

Pourquoi c’est utile de se questionner avant

Pour plein de raisons, à mon avis ! La première est que mon intention sera perçue par mon interlocuteur, que je le veuille ou non. La communication non verbale est très importante (voir par exemple Wikipedia où l’on trouve une théorie disant que les mots ne représentent que 7% de l’information envoyée / reçue). Autant dire que c’est plutôt une bonne idée d’être au clair sur mon intention, histoire de savoir ce que l’autre va recevoir en me voyant arriver… Bon par contre, inutile de chercher à manipuler, car je transmets la totalité des infos, pas seulement ce que je souhaite (en tout cas moi je ne sais pas faire), et en particulier des trucs inconscients. Bon, tout ça pour dire que c’est super utile de se questionner avant.

Deuxième raison pour moi : questionner mon intention me permet, par cette connexion à moi-même, de retrouver mon pouvoir de choix et ma liberté. En effet, quand je me questionne et que je réfléchis, je suis en lien avec moi-même, alignée avec ce que j’ai envie de vivre. Prendre ce temps là pour faire le point en moi et être au clair me donne du temps pour être en connexion profonde avec moi-même. Plutôt que de subir la rencontre de plein fouet, je peux choisir de quelle manière je veux la vivre, et ainsi passer un moment plus aligné, plus confortable aussi.

La troisième raison est qu’il peut m’arriver d’avoir une intention un peu « bâclée » et pas réfléchie, genre « intention multi-usage » posée de manière un peu arbitraire, sans que j’aie vraiment réfléchi.

Un exemple : mon intention avant d’aller en cours

Par exemple, il m’est arrivé de décider d’aller en cours avec une intention de vivre la bienveillance et l’accueil avec mes étudiant.es. Prendre le temps avant chaque cours de questionner mon intention permet aussi de confronter mes « belles intentions » avec mes limites : me suis-je prise en compte dans cette intention de bienveillance, ou bien me suis-je oubliée au passage ?

J’ai observé un jour que j’avais en moi deux parts, l’une qui disait « je veux être bienveillante et accueillante avec mes étudiant.es » et une autre qui disait « moi aujourd’hui je suis découragée et fatiguée, j’ai besoin de douceur et d’acceptation de mes limites, pas envie de me forcer à être bienveillante ». La phase initiale de clarification m’a permis ce jour là de poser comme intention plutôt de la « douceur envers moi-même, la conscience de mes limites, et rester en connexion avec mon ressenti intérieur ».

Au final, avoir posé cette intention douce a permis que la bienveillance arrive tout naturellement, comme conséquence du fait que j’ai pris soin de moi d’abord, et la séance a été douce et détendue, beaucoup plus que la veille où j’étais partie tête baissée avec mon intention (non questionnée ou réfléchie) de « bienveillance » et où ça a été le carnage (traduire : un festival d’énervement de de râleries, et bienveillance à quarante degrés sous zéro au bout de 10 minutes seulement —bon c’est pas mal en soi, et même franchement marrant comme expérience, a posteriori, mais question confort et douceur envers moi-même y a plus soft).

Finalement, tout ceci ça me permet de prendre un peu de recul, et de mettre un peu de conscience avant de me jeter dans le feu de l’action. Tout comme cette proposition de Pleine Conscience « ralentir pour ressentir » expérimenté auprès d’Eliane Régis (que l’on peut écouter ici et sur Radio CNV) pendant un stage de CNV (Communication Nonviolente) et Pleine Conscience, tout comme la pratique des célébrations, cela me connecte avec moi-même et me permet de vivre avec plus de profondeur, plus de relief. Au final, je goûte plus de joie, car j’aime vivre la profondeur, le sens, la connexion à mes ressentis, et ça me permet de me sentir encore plus vivante.

Et pourquoi il est bon parfois d’arriver sans attentes, sans projet, sans objectif…

Bon soyons clairs, ça ne veut pas dire « arriver sans avoir réfléchi » mais plutôt réfléchir, ressentir, questionner mes attentes et mon intention, et être capable (si j’en ai les moyens) de les laisser de côté et d’arriver toute nue et sans objectif fixé.

Alors pourquoi c’est bon ça ? Ben d’abord je vais questionner le réalisme de mes attentes, et me demander si mon projet est en cohérence avec mes moyens et ceux de l’autre ou des autres. Suis-je réaliste ou bien en lutte contre la réalité ? Est-ce que je crois que ça devrait se passer d’une certaine manière alors qu’il est clair que c’est impossible vus nos moyens respectifs ? Si j’arrive avec une idée « ça doit être comme ça » et qu’en réalité c’est tout autre chose, je vais passer un moment pourri. Bon, c’est pas mal en soi évidemment, ça peut même être une expérience intéressante, c’est juste que je peux faire autrement, et plus détendu.

Un exemple concret

Par exemple, il y a peu de temps j’étais dans un stage de pratique d’une certaine forme de méditation. Je me croyais super tranquille, super détendue, sans attente particulière, et ouverte à ce qui allait arriver. Et en fait, en observant ce qui se passait au cours du stage, j’ai réalisé en plein milieu que j’avais effectivement des attentes (« pratiquer, pratiquer, pratiquer, sans trop réfléchir ») qui n’étaient pas vraiment alignées avec les attentes d’une partie des gens autour de moi (« pratiquer mais aussi comprendre pourquoi, comment, etc. »), de sorte que j’étais un peu agacée par le temps pris pour répondre aux diverses questions.

Au bout d’un moment j’ai fini par comprendre qu’il était prévisible et attendu que certain.es de mes costagiaires aient des milliards de questions, et que j’avais le choix entre rester agacée ou bien faire le deuil de mes attentes et me détendre… Une fois que j’ai pris conscience de mon état d’agacement et du choix qui s’ouvrait c’est devenu beaucoup plus simple : un bon gros coup de CNV en direct pour traduire et accueillir mon agacement et mes attentes, et mon regard est devenu tendrement amusé devant l’avalanche des questions, et la détente est revenue, au moment où les attentes sont parties.

Du coup, j’ai plus jamais d’attentes ?

Du coup ça m’amène au point suivant, j’en suis aujourd’hui à me demander quelle est la pertinence d’avoir des attentes autres qu’être en lien avec « ce qui est ». Là c’est pas encore trop clair pour moi je crois, je vais avoir besoin de cheminer encore un peu à ce sujet.

D’un côté j’ai l’impression que les enseignements spirituels sont assez clairs : si je suis contre le flot et si mes attentes sont autres que la réalité je vais souffrir, simplement parce que j’aurais deux choses devant les yeux : 1/le monde réel et 2/ le monde de mes attentes, et tout écart entre les deux va générer de la tension. Ça c’est clair, et la plupart du temps je perçois ça et j’arrive, grâce à la CNV, à me recoller à la réalité.

D’un autre côté, y a un truc en moi qui croit que ça veut dire « pas d’attente du tout, jamais » et qui a la trouille de ça, parce que je me dis que ça veut dire que je n’ai plus d’objectif, plus de gouvernail, plus de volonté, et du coup je ne sais même plus comment agir.

Bon, ça c’est ma confusion usuelle entre « non-agir » et « passivité », c’est encore assez difficile à comprendre pour moi certains jours, j’alterne entre « c’est tout à fait clair comment ai-je pu m’y perdre » et « c’est totalement confus et pas clair ». J’écrirai un truc le jour où ça sera plus simple.

En attendant je laisse mes attentes être présentes si j’en ai, et à la seconde où je prends conscience qu’elles me causent autre chose que de la détente ou de la joie, j’ai le choix de les traduire, pour recoller à la réalité. Et, si j’en ai les moyens, je pratique ça avant l’événement ou la rencontre, au moment où je questionne mon intention, et j’essaie de voir si j’ai les moyens d’arriver libre de toute attente. Parce que soyons clairs, si j’ai pas d’attente c’est quand même vachement plus détendu, quoi qu’il arrive je serai ok, ouverte, et les choses seront fluides et tranquilles. Typiquement c’est comme ça pour moi dans les stages de développement personnel et spirituel, et je passe toujours des moments super riches du coup.

Economies d’énergie

Un autre argument qui fait que je vais préférer ne pas avoir d’attente ou de projet, c’est que c’est beaucoup plus économe en terme d’énergie.

Je me souviens de cette amie me disant que ça l’épuisait d’offrir son oreille à d’autres personnes venant se confier, et j’ai réalisé à ce moment là que pour moi c’était tranquille au contraire d’écouter quelqu’un, et plutôt nourrissant d’ailleurs (quel que soit le contenu). En y réfléchissant plus et en regardant toutes les fois où j’ai écouté quelqu’un, quelles que soient les circonstances, j’ai vu que ce n’était pas toujours le cas en fait, qu’il y avait essentiellement deux catégories dans mes expériences : celles qui me pompent, et celles qui me ragaillardissent.

Et je suis retombée sur le truc tout à fait classique, que connaissent bien certains psychothérapeutes / accompagnateurs (voir par exemple les articles de Thierry Tournebise, ou directement ce paragraphe) : si j’écoute avec un « projet » sur l’autre (projet de guérison, d’amélioration, de mieux-être, de résolution d’un quelconque problème, etc.) je suis en lutte perpétuelle pour accomplir ce projet, je suis coupée de la réalité de l’autre, et je m’épuise.

Parenthèse au passage : en faisant ça je porte la responsabilité à la place de l’autre et j’ai l’impression que ça l’empêche d’accéder à ses propres ressources intérieures, donc au final je m’épuise pour rien, car c’est vraiment pas un service que je rends à l’autre non plus. Au contraire si mon seul projet est d’être présente à la réalité de l’autre, que je me laisse toucher par l’être que j’ai en face de moi sans être submergée, je suis en lien avec l’autre et j’en sors avec autant voire plus de vitalité.

Et c’est pareil quand je vais en cours ou en réunion : plus je suis accrochée à mon projet et au résultat que je souhaite avoir, plus je lutte contre la réalité, plus je m’épuise… A l’inverse plus je suis en paix avec ce qui est, plus j’ai d’énergie et plus mes actions sont ajustées.

Augmenter mes chances de vivre ce que j’aime vivre

Un dernier truc sur ce sujet de l’intérêt de ne pas avoir d’attente ou de projet, c’est que j’ai observé mille fois que plus j’ai envie d’obtenir quelque chose, plus je suis campée sur mes attentes, moins je l’obtiens.

C’est toujours la même chose, ce paradoxe qui me remplit de joie à chaque fois que je l’expérimente : si je veux vraiment un truc, vraiment vraiment, la meilleure façon pour moi d’augmenter mes chances de l’obtenir, c’est d’être d’accord pour ne jamais l’avoir. Mais là il ne s’agit pas de filouter et de tenter de manipuler la vie, ça marche pas 😃 Il s’agit de faire totalement le deuil de mes attentes, d’être vraiment en paix avec le fait qu’éventuellement je n’aurai jamais ce que je souhaite.

Au moment où le lâchage de prise est total, complet, réel et pas simulé, sincère et profond, bien souvent des trucs miraculeusement mystérieux se produisent. J’observe ça tellement souvent que c’est devenu un art de vivre les situations difficiles… C’est comme si ma volonté d’avoir quelque chose créait une sorte de verrou cosmique qui empêche les choses de se vivre et de se faire. Puis lorsque j’arrive à réellement être en paix avec le verrou et à lui dire que je suis d’accord qu’il soit là, aussi longtemps qu’il le souhaite, et bien pouf il est libre de se dénouer.

La difficulté évidemment c’est « réellement être en paix avec le verrou », c’est le truc dur justement, parce qu’il n’y a pas de feinte possible. Dans ces moments-là moi j’utilise la CNV, et parfois ça ne suffit pas et j’ai besoin d’accompagnement, amical ou professionnel, soit parce que je ne vois pas tout toute seule, soit parce que je touche à des blessures du passé qui ont besoin d’être accueillies avec douceur et savoir-faire.

Il est temps de conclure…

Bon ben dites moi ça m’a emmené loin ce petit truc que j’ai compris ces jours-ci… Si je résume rapidos, le point de départ c’est : me questionner sur mon intention avant de faire quelque chose, c’est extra pour moi car je passe un bien meilleur moment. Et la discussion secondaire qui a suivi c’est : suis-je capable d’y aller avec une intention d’ouverture, sans attentes ni projet, et en quoi ça peut être bon pour moi. Bon, j’ai envie de mettre plein de bémols et de nuances ici. Parce que, évidemment, ce n’est que mon expérience du jour, et elle n’a pas d’autre portée que d’être vivante pour moi ici et maintenant. Et peut-être que nous, vous, ou moi demain, aurons une expérience toute différente, et ce sera très juste aussi…

Et vous, ça vous inspire quoi tout ça ?


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3 commentaires sur “Intention, projet, attitude, état d’esprit : pourquoi ça compte ?

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  1. Belle analyse, très fouillée comme tous les articles de ce blog.
    Je comprend bien la trouille de ne plus avoir d’attente et d’objectifs, et de se sentir sans gouvernail et sans volonté. Mais peut-être que le gouvernail n’est pas si indispensable, puisque comme tu le dis, il est assez dérisoire face à la force de la réalité. On peut peut-être simplement s’appuyer sur son ossature et se dire : il y a tout un tas de richesses en moi, d’aptitudes, de dons, etc … et tout ceci constitue ma colonne vertébrale, celle qui fait que je ne suis pas une guimauve molle perpétuellement re-modelée par le monde extérieur. Elle me tient droit.e et quel que soit le ballotage des flots, je vois où je vais (à défaut d’aller où je voudrais si je m’étais imposé un projet). Il est sans doute intéressant d’en refaire l’inventaire de temps en temps, notamment avant une rencontre ou un rendez-vous dont on sent instinctivement qu’il faudrait s’y préparer. En fait, je crois que toutes les rencontres ne sont pas profitables : il peut se trouver des combinaisons du type personne/lieu/date qui sont « perdantes ». Il me semble que je serai mieux capable de gérer cette rencontre, voire d’en repartir, si je suis bien conscient de la somme qui me compose.
    ps : c’est peut-être ce que tu as voulu dire 😉

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