Je procrastine, et c’est bon pour moi

Dans mon blog précédent j’avais parlé de procrastination, et j’ai envie aujourd’hui de reprendre cet article en le mettant à la sauce CNV (Communication Nonviolente) et en le mettant à jour à la lumière de là où j’en suis sur mon chemin.

Bon d’abord j’adore le mot procrastination, et j’ai beaucoup de tendresse pour moi (ou d’autres) quand je nous vois procrastiner, je trouve ça mignon et joyeux, d’où mon envie d’en reparler ici. D’autant plus qu’aujourd’hui je n’ai pas envie mais alors pas envie de travailler, donc c’est nickel, je vais rédiger cet article à la place.

Et puis ça me gonfle un peu de lire des articles sur internet qui vantent des « méthodes anti-procrastination », comme si c’était l’ennemi numéro un qui nous empêche de nous élever vers notre vraie valeur en nous détournant du bel et noble effort (opposé à la vilaine flemme). Et y a même une journée mondiale de la procrastination

Bon, tout ça pour vous dire qu’il existe une version beaucoup plus bienveillante et pertinente de la procrastination et c’est celle-là que je propose d’explorer ici.

La procrastination est un symptôme, pas une cause !

Si je n’arrive pas à me mettre à quelque chose c’est souvent beaucoup plus complexe qu’une simple flemme (et d’abord pourquoi la flemme serait-elle simple d’ailleurs?), c’est plutôt le symptôme subtil et déguisé que quelque chose ne va pas (cf la maïeusthésie pour sa vision du symptôme). Et comme on ne tente pas de vider une baignoire à la petite cuillère si tous les robinets sont ouverts, il me semble qu’il ne sert à rien de « combattre » la procrastination sans chercher la cause sous-jacente.

Ça peut même être dangereux, si par exemple je procrastine parce que je suis proche de l’épuisement, alors chercher des moyens pour travailler encore plus dur va me pousser à bout. Comme tout symptôme, la procrastination a besoin d’être clarifiée et entendue, et même au-delà : remerciée pour sa pertinence et son message.

Bon de toute façon aujourd’hui je ne cherche plus trop à combattre quoi que ce soit, je préfère dire « bienvenue« , faire la traduction avec la CNV, et voir le truc se transformer sous mes yeux. Ou ne pas se transformer d’ailleurs, rester là tout pareil, mais être accueilli avec douceur et tendresse, comme un truc qui a le droit d’être là et même au-delà, comme un truc que je suis contente de voir en moi. Et ça marche avec la procrastination comme avec le reste.

La procrastination comme un signal

Je vois donc la procrastination plutôt comme un drapeau qui s’agite, un panneau indicateur vers autre chose. Elle m’empêche de m’élever tout en haut de l’échelle ? Peut-être que cette échelle n’est pas appuyée sur le bon mur, et que les sommets que je cherche ne sont pas alignés avec mes valeurs?

La procrastination me demande donc de ne pas agir (tout de suite) mais de réfléchir à la place. Bien sûr ce n’est pas forcément facile, et on a vite fait de s’auto-critiquer, de se trouver nul ou inefficace, mais rappelons-nous, la procrastination c’est le messager, et si on tue le messager on perd aussi le message. La difficulté est bien d’identifier que c’est un signal et de décoder le message envoyé, afin de découvrir la cause de la procrastination.

Le rôle crucial de la bienveillance (et le coup de main de la CNV…)

Dans tout ça il va être très aidant d’être bienveillant envers soi-même. Comment identifier le problème si je suis assaillie de pensées automatiques du type « je suis nulle / lente / inefficace / je manque de volonté » ? Moi quand je suis rongée par la culpabilité je ne suis pas en état de réfléchir à quoi que ce soit.

En effet, si je culpabilise, ça signifie que j’attribue la procrastination à un défaut personnel. Dans ce cas là mon cerveau a trouvé la cause (« c’est ma faute je suis trop flemmarde« ) et n’en cherche donc pas une autre plus subtile, plus cachée.
Au contraire, si j’arrive à être bienveillante avec moi-même, je deviens capable de ne pas m’auto-critiquer sans fin, et je peux commencer à réfléchir. En éloignant la culpabilité je laisse la place à la petite voix intérieure, et je suis plus en état de voir surgir la vraie raison.

La culpabilité n’est pas plus mon ennemie que la procrastination…

Sauf que là il y a un piège aussi : éloigner la culpabilité ça peut se faire de plusieurs manières, et toutes n’ont pas la même douceur en moi. Si je dis à la voix qui culpabilise « ta gueule, tu m’emmerdes avec ta culpabilité, va-t-en », ben je ne suis pas super bienveillante avec cette voix et ainsi je me coupe d’une part de moi. Et se couper d’une part de moi j’ai vu que ça ne marchait pas trop bien : en moi je sens bien qu’il y a un truc unificateur, intégrateur, qui va vouloir réintégrer les parts coupées (en utilisant d’autres symptômes d’ailleurs, pour que je les voie bien et que je ne les oublie pas) (voir là aussi la maïeusthésie et sa pulsion de vie), donc si j’arrive à ne pas m’en couper consciemment je gagne un peu de temps pour l’avenir…

Ça c’est un truc que j’ai appris avec la CNV et la maïeusthésie : « plus ça crie fort plus c’est précieux », quel que soit le langage utilisé, même si c’est un langage violent envers d’autres parts de moi. Donc plus la voix de la culpabilité crie fort en moi, plus son message est précieux.

La difficulté évidemment, c’est qu’entendre une part de moi qui m’insulte ben c’est pas super facile, je sais pas vous mais moi ça me motive moyennement de me faire engueuler et d’entendre que je suis trop nulle.

C’est là que le processus de la CNV est crucial : c’est le traducteur des jugements en un truc merveilleusement beau et donc audible. Ce processus me permet de transformer la culpabilité en la traduisant : « quand je me dis que je suis nulle et lente, dans le fond j’aspire à quoi? qu’est-ce qui est précieux en moi maintenant pour que cette voix là apparaisse? » Ce qui sort de cette exploration est vraiment personnel et associé à ce qui est présent dans l’ici et maintenant, ainsi il n’y a aucune règle générale.

Par exemple j’ai vu en moi, et en d’autres, ce genre de besoins arriver parfois derrière la culpabilité de procrastiner : l’estime de soi, le besoin de contribuer pour les autres, l’accomplissement, l’appartenance, faire un bon usage de mon temps, ou plein d’autres trucs justes et pertinents pour moi. L’idée est simplement de traduire la phrase culpabilisante en un lot d’aspirations et de besoins que l’on va pouvoir entendre, honorer, remercier, et ensuite éduquer si besoin.

A ce stade là, la part qui culpabilise a été entendue et rejointe dans ses besoins, en général ça suffit à la détendre un peu, ce qui permet effectivement à la deuxième voix d’apparaître, celle qui va me dire pourquoi je ressens le besoin de ne pas faire ce truc (ou de ne rien faire).

Voilou, bon tout ça c’est un peu théorique pour le moment, même si c’est basé sur mon expérience, je vous donne quelques exemples un peu plus concrets.

Exemple 1 : Remettre à plus tard

Ça c’est la petite procrastination quotidienne, celle qui refuse de répondre au courrier, de passer ce coup de fil, ou un petit coup d’aspirateur, de ranger ce vêtement tout de suite et pas dans trois jours, de répondre à un vieux mail qui traine. En parallèle il y a la petite voix de la culpabilité qui m’explique que les petites choses ça s’accumule et qu’ensuite je vais être débordée, que c’est nul d’être flemmarde et rester sur le canapé ça n’a aucun intérêt. Voilà pour le cocktail du soir flemme + culpabilité, ça vous semble familier?

Bon, la culpabilité chez moi elle est de moins en moins vive, voire inexistante, puisqu’elle baigne dans un bain de chips et de détente perpétuelle, elle a tellement été entendue qu’elle n’a plus vraiment besoin de parler, je sais qu’elle est là, je sais ce qui est précieux pour elle, elle veut vraiment le meilleur pour moi, et là elle voit bien que les chips, la guitare, les vidéos d’Isabelle Padovani en boucle, et ne rien faire sur le canapé c’est bon pour moi et elle est tranquille. De toute façon elle sait que quand c’est juste pour moi d’agir je suis d’une efficacité spectaculaire donc elle ne s’inquiète plus vraiment, elle a bien vu que les araignées font le bonheur des chats (et mangent les mouches), que quelques fringues qui trainent ça rend l’appart plus vivant et que ma boîte mail est à zéro régulièrement.

Pour la voix qui veut vraiment rester sur son canapé, là c’est plus variable son message, voilà ce que j’ai entendu en moi :

  • Le plus fréquent pour moi c’est que j’ai besoin de repos, de ne rien faire, de ralentir, de me poser, de respirer. Besoin de reprendre le pouvoir sur le rythme de ma journée, de ne pas me laisser submerger dans un truc qui tourbillonne trop vite, besoin de me réancrer, de me reconnecter à mes ressentis, qu’ils soient corporels ou émotionnels.
  • Une autre cause que j’ai rencontrée, c’est que mon système de rangement ne me convenait pas, n’était pas pratique, mal organisé. Au bout de quelques jours avec des piles de fringues qui montent au plafond j’ai fini par repenser mon système de rangement et tout est rentré dans l’ordre plus ou moins tout seul.
  • Encore une autre cause que j’ai expérimentée, c’est que j’avais besoin de soutien. Par exemple j’ai pu observer que mes mains refusaient de vider ce foutu lave-vaisselle, et étaient furieusement occupées à rien faire sur le canapé à la place. En me posant, j’ai pu entendre que j’avais déjà fait deux lessives ce jour-là, nettoyé la caisse des chats, fait du repassage et la cuisine et que le petit elfe de maison en moi aurait bien aimé bien un coup de main. Maintenant que je vis seule, c’est un peu plus chaud pour le soutien (les chats savent pas trop bien vider le lave-vaisselle, c’est pas faute de les éduquer, mais après y a des poils plein les fourchettes et c’est dégueulasse), alors le petit elfe veut juste qu’on lui foute la paix une heure, voire (quelle horreur!) qu’on attende demain pour ranger.
  • Il est arrivé aussi que je ne lise pas ou ne réponde pas à un mail parce que je n’avais pas envie de le faire, pas envie de mettre l’énergie dans la lecture ou la réponse, parce que ça ne nourrissait pas mes besoins, ou que ça allait à l’envers de mes aspirations, ou que je n’avais pas l’élan de contribuer pour l’autre. Il m’est ainsi arrivé de remettre en question des relations / engagements avec des gens ou des associations en observant des mails trainer et en décodant le signal « pourquoi je n’agis pas?« .

Bon après, si jamais je décide effectivement de me lever du canapé, y a un truc qui marche du tonnerre pour moi, c’est la méthode pomodoro : je règle le minuteur de cuisine sur 25 minutes (ou 5 ou 15 selon mon temps), et je me focalise sur la tâche en question pendant ce temps. A fond, sans réfléchir. Et ça se fait tout seul. Super efficace. Bon du coup, avec une telle efficacité, je peux retourner un peu sur mon canapé. Classe.

Exemple 2 : Je ne fais pas car je ne sais pas comment faire

Dans ce cas là, je ne fais pas parce je ne peux pas encore ou je ne sais pas encore faire. Par exemple il peut manquer une étape intermédiaire à faire avant, ou encore la tâche n’est pas assez clairement formulée et je ne sais pas réellement ce que je suis censée faire. Ça peut arriver à un truc de boulot qui a l’air très bien mais qui n’est pas assez précis, qui n’a pas assez été discuté, et où la répartition des rôles a été pas ou mal faite.

Dans ces cas là, il ne sert à rien de s’armer de courage et d’utiliser la méthode pomodoro, mais il est plus utile de reprendre la tâche en amont. Toujours avec douceur et bienveillance, j’admets que je ne sais/peux pas faire, et je vais en discuter avec les autres. Si je suis toute seule, je reprends la réflexion, et j’essaie de clarifier les étapes intermédiaires.

Moi ça m’arrive quand je me fixe un objectif trop vague et que je bâcle la phase de préparation. Ou alors quand je prévois une tâche trop énorme et qu’il faudrait plutôt la découper en sous-tâches moins monstrueuses et plus claires.

Dans la même veine, peut-être que parfois je ne suis pas la mieux placée pour effectuer la tâche et que la procrastination essaie de me faire comprendre qu’il serait plus utile de déléguer ou de dire non.

Exemple 3 : La procrastination manipulée

Il m’arrive parfois d’utiliser la procrastination pour arriver à mes fins, voilà comment ça peut fonctionner. Commençons déjà par rappeler, si nécessaire, que la personne qui procrastine n’est pas inactive, c’est même en général quelqu’un qui fait plein de trucs (pour éviter de faire autre chose). La manipulation par la procrastination consiste justement à utiliser la flemme de faire un gros truc pénible pour faire à la place plein de petits trucs utiles.

Par exemple, me mettre à la maison avec un paquet de 200 copies à corriger garantit que le ménage et les lessives seront bien faits et que tout sera bien rangé (mais les copies pas corrigées). J’utilise ça de temps en temps, en évitant un gros truc ça me permet de faire plein de petites bricoles qui étaient en attente et ça éclaircit rapidement mon quotidien.

Mes collègues font ça aussi, et il arrive souvent que l’on se raconte nos meilleures procrastinations et tout ce qu’on a réussi à faire en procrastinant sur un autre truc, c’est souvent assez spectaculaire. C’est très agréable d’ailleurs d’en discuter avec les autres, moi ça me renforce dans l’idée que ce n’est pas un truc mauvais, que ça peut même être un art, et en tout cas une source de liens et de moments joyeux partagés.

Exemple 4 : Je ne suis pas encore prête

Dans ce cas là, je ne fais pas parce la tâche en question est difficile et demande pas mal de réflexion en tâche de fond. Procrastiner sur quelque chose pendant plusieurs jours est parfois simplement l’occasion de me laisser le temps d’y réfléchir sans en avoir l’air. Le jour où je suis prête je suis super efficace et ça va vite.

Là c’est vrai que l’expérience joue beaucoup, il m’a fallu observer ça chez moi et beaucoup d’autres pendant plusieurs années avant de pouvoir admettre que la looongue phase « je ne fais rien » est tout aussi importante que la phase d’action proprement dite. Cette phase où je ne fais rien n’est pas une perte de temps, mais une simple préparation (sans en avoir l’air).

Par exemple quand je prépare une conférence nouvelle, il me faut y revenir plusieurs jours de suite, et les premiers jours je ne fais pas grand chose de visible à part choisir les couleurs et préparer la mise en page. Je sais désormais que, sans en avoir l’air, en hésitant pendant cinquante-cinq minutes entre le vert moyen et le vert moyen clair, je suis en train de construire le contenu de ma présentation. Alors ça ne crie plus dans ma tête, je profite du choix des couleurs, tranquillement, je goûte la lenteur et l’inefficacité, et il n’y a plus de tension pour accélérer, car je sais que ce temps n’est vide qu’en apparence et quand je serai prête le reste suivra.

Exemple 5 : Le besoin de vacances

Parfois il y a des choses que je ne fais pas parce que je n’en peux plus, je suis fatiguée, j’ai besoin de repos, de ralentir. Par le passé, je me souviens d’avoir « essayé de m’y mettre », « de me motiver », voire de « me forcer à faire ce truc », rien n’y faisait, je n’avais pas envie (bon, je le faisais quand même, ça pouvait être violemment efficace la volonté et le courage chez moi…). Il me fallait un certain temps avant de comprendre ce qui m’arrivait. Ou pas, hein, le plus souvent je n’y voyais pas grand chose et le repos arrivait sous la forme d’un arrêt de travail pour cause de bronchite ou autre merdouille hivernale.

Maintenant je suis plus à l’écoute de mes ressentis, notamment corporels, et je m’arrête facilement, je me ménage des heures libres, je raccourcis mes horaires si nécessaires, je décommande des soirées, bref, je crée de la vacance (du vide) dans mon emploi du temps, à la demande.

Avant c’était compliqué pour moi de prendre quelque jours de repos, en pleine effusion professionnelle par exemple. J’avais tendance à dire « non je ne peux vraiment pas m’arrêter là c’est pas possible », jusqu’à la bronchite suivante. Il faut dire que mon emploi du temps n’offrait aucune marge de manoeuvre, la liberté de mon job d’universitaire avait été dissoute dans tous les engagements que j’avais pris, toutes les choses super intéressantes (mais beaucoup trop nombreuses) auxquelles j’avais dit oui, et une liste de tâches monstrueuse.

En prenant conscience de l’importance de prendre soin de moi, j’ai appris petit à petit à lever le pied, à éliminer des choses, à dire non, à alléger mon temps et ma liste de tâches. Ça n’a pas été facile, d’abord parce que ce n’est pas quelque chose qu’on décide comme ça du jour au lendemain. Mon emploi du temps d’aujourd’hui est en grande partie la conséquence de choix passés. La bonne nouvelle c’est que de la même manière les choix d’aujourd’hui sont l’emploi du temps de demain, et que je peux donc dès maintenant apprendre à dire non et à faire des choix dans mes futures contraintes.

Par exemple, disons que je reçois une invitation à donner un exposé dans une conférence dans trois mois. Par le passé j’aurais accepté l’invitation sans trop réfléchir, pour souvent la regretter le moment venu. Maintenant quand l’invitation arrive, si je suis tentée d’accepter, je ne visualise plus l’emploi du temps vide et clair qui est le mien pour dans trois mois (mais qui ne sera pas vide le temps que j’y arrive évidemment!). Au contraire, j’essaie de l’imaginer au milieu de mes contraintes actuelles, comme si ça devait avoir lieu cette semaine, ce qui est beaucoup plus réaliste, et ce qui m’aide beaucoup à prendre une décision éclairée (autrement dit à dire non).

Ça n’a pas été facile non plus pour moi à l’époque de simplifier mon emploi du temps pour une autre raison : dire non signifiait renoncer à beaucoup de choses passionnantes, ça signifiait entre deux trucs formidables n’en choisir qu’un, me flinguer un peu côté carrière et promotion future, et ça signifiait aussi dire non à des ami.e.s.

Là encore le processus de la CNV a été et est encore un soutien précieux pour moi : j’ai appris à entendre et exprimer mon « oui » derrière mon « non » : quand je dis « non » à cet exposé devant un public de lycéen.ne.s chouchous et motivé.e.s, je suis en train de dire oui à cette lecture inspirante ou à ces deux heures vides pour ne rien faire.

Quand je sais à quoi je dis oui, je suis plus solide dans mon non, et j’ai plus facilement de la compréhension de la part de la personne à qui je dis non. Et la CNV m’aide aussi à faire le deuil de ce à quoi je dis non, en reconnaissant que c’est précieux, que j’aurais aimé dire oui, que ça aurait nourri certains besoins aussi, et j’ai donc plus de douceur envers moi-même quand je dis non, et plus de détente à le faire.

Exemple 6 : Je procrastine parce que j’ai peur d’agir

La peur prend des multiples formes : ça peut être la peur de rater ou de faire un truc pas terrible, ou alors c’est l’ampleur de la tâche qui fait peur, ou l’inquiétude du « par où commencer ? ». Dans ces cas-là il y a peu de solutions toutes faites. Comme toujours pour moi, la peur c’est le signal d’un truc précieux qui veut être entendu, et donc je vais mettre mon énergie à la traduire, pour voir ce que me dit cette peur.

En général elle disparaît à la traduction, ou bien elle fait émerger quelque chose, dans les deux cas la décision d’agir ou pas apparait clairement. Je vous donne quelques exemples pour les petites peurs classiques. Pour les grosses peurs ça marche pareil, mais je trouve que c’est moins facile à faire tout seul, moi j’aime bien avoir du soutien pour les traduire et les accueillir.

Peur d’être ridicule

Cette peur là elle me dit : « bon sang Maëlle tu vas pas ouvrir un blog, mais t’as rien à dire, et c’est nul ce que tu dis, et puis t’as aucune légitimité pour ça » etc. Bon elle panique, elle pense que l’on va me juger, qu’on va me coller l’étiquette « ridicule » et que ça va être horrible. J’arrive pas trop bien à la traduire celle-là, parce que ça fait longtemps qu’elle m’a quittée donc elle est un peu lointaine pour que j’entende son message (peut-être était-ce le besoin d’estime de moi, de reconnaissance?).

Aujourd’hui je sais que ma vie personne ne la vivra à ma place, donc tout ce que je ne fais pas par peur est perdu pour moi. La question qui me reste est : qu’est-ce que je veux vivre? Qu’est-ce qui est important pour moi? Et ce questionnement me suffit à clarifier ce qui se passe pour moi, et à accueillir la peur sans l’écouter davantage. Ou à l’écouter plus profondément, si mon intuition me dit que la peur est un signal vers autre chose que je n’avais pas encore perçu, et qu’il me serait utile de considérer avant d’agir.

Peur de faire un truc nul

Quand je me lance dans un truc nouveau je suis forcément un peu nulle au début, c’est normal non ? Ben moi je croyais que non c’était pas normal du tout, que je n’avais pas le droit de faire un truc si je n’étais pas certaine de le faire parfaitement. Et ben si, figurez-vous, c’est autorisé de se tromper, mazette! Je ne peux pas m’attendre à être nickel du premier coup, sans travail ni entrainement, et si je me prive du droit d’être nulle je ne vais rien faire. Si je veux pouvoir être bien un jour, je vais passer par la case débutant, et faire des erreurs, et recommencer, etc.

J’aime beaucoup cette citation de Michelle Guez, formatrice certifiée en CNV : « chaque fois que me plante, je pousse ». Ce truc a été vraiment compliqué pour moi à intégrer, au début de ma formation en CNV, après des années « premier de la classe » complètement terrorisée par la moindre erreur, la moindre critique, le moindre truc pas parfaitement parfait. J’avais un mal de chien à poser une simple question si dans ma tête il y avait une voix qui disait « cette question est bête », comme si mon critique intérieur, dans toute son arrogance, n’autorisait que les questions subtiles et intelligentes. Idem pour me porter volontaire sur une pratique, ou essayer un truc nouveau que je trouvais difficile.

Pour vous simplifier mon câblage intérieur, j’entendais « je ne t’aime plus » à la moindre critique, classe hein? Ça va mieux maintenant, mon premier de la classe a été honoré et remercié à la hauteur de sa contribution à qui je suis aujourd’hui, il a entendu et expérimenté la vertu des erreurs, et il a vu aussi qu’il survivait (et progressait!) et qu’on l’aimait encore quand il se trompait. Aujourd’hui il dort avec son doudou dans la nurserie des girafes intérieures, et parfois il vient renifler l’air ambiant et il se tend par réflexe, avant de réaliser où il est et que tout va bien, comme une vieille cicatrice qui pique en souvenir des jours anciens.

Peur des critiques

Bon, c’est toujours plus facile de critiquer que de faire, ça semble pas vraiment évitable les critiques. Du coup j’ai le choix : est-ce que je veux être critiquée parce que j’ai fait quelque chose qui me fait du bien ou bien est-ce que je préfère éviter la critique et ne rien faire. Et ne croyez pas que je pousse à l’action en disant que la peur de la critique c’est nul, parce que je suis convaincue que parfois la réponse ajustée c’est de ne pas faire, parce que mon estime de moi n’est pas assez solide, ou que cette peur exprime une intuition que je ne résisterai pas aux critiques sans un soutien immense.

Là il m’est précieux de ralentir et de traduire la peur. Elle peut être légitime, en me signalant quelque chose que je n’ai pas vu, en me demandant de préparer mieux mon action. Et elle peut être un frein. Il n’y a que moi qui sache, et moi seule qui puisse entendre la voix de l’intuition derrière, et sentir dans le fond du fond ce qui est juste pour moi aujourd’hui.

Dans tous les cas, ce qui marche pour moi, c’est d’être à l’écoute de ce qui se vit, de ne pas rejeter la peur en bloc à grands coups de courage et de pomodoro dans les dents, mais au contraire de l’accueillir avec douceur pour pouvoir réellement entendre son message au-delà de la tension et de l’agitation, et de me connecter à l’intuition qui me donnera la clef du choix.

Exemple 7 : la procrastination existentielle

Cette procrastination là est la plus subtile à entendre je trouve, enfin pour moi, j’ai mis des années avant de pouvoir comprendre son message et ce n’est que récemment que j’entends sa voix.

C’est celle qui me dit que l’action que je suis en train de ne pas faire n’est pas alignée avec mes valeurs et mes aspirations. Autrement dit c’est une procrastination salvatrice, qui me protège et va m’éviter de m’égarer davantage, c’est le moteur qui tombe en panne parce qu’il sent bien que le chemin n’est pas le bon. 

C’est celle que je confondais avant avec la « flemme de faire des choses chiantes mais nécessaires« , celle que je pourfendais avec mon fameux courage, les manches retroussées et un dynamisme terrifiant, en me disant « oui en effet c’est vraiment casse-ovaires ce truc à la con, mais il faut bien le faire ».

Ben non, il ne « faut » pas justement, personne ne m’oblige à faire quoi que ce soit, c’est moi qui choisis de le faire, ou de ne pas le faire et d’en assumer toutes les conséquences. Depuis que la lecture de Stephen Covey et la découverte de la proactivité (renforcée ensuite avec la CNV) m’ont fait transformer tous mes « il faut » en « je choisis », la lumière a commencé à s’allumer.

C’est celle-là qui me touche de plein fouet aujourd’hui. Aujourd’hui j’observe que ma liste des « je choisis » contient une quantité monstrueuse de merdes administratives et chronophages qui n’ont plus aucun sens. J’observe que toutes ces choses me prennent deux à trois heures par jour, un temps précieux que j’aspire à consacrer à autre chose. J’observe que je n’ai pas de joie à faire toutes ces choses-là. J’observe qu’il y a un truc en moi qui dit « non » à toutes ces choses et qui veut râler, alors que la vie en moi aspire à dire « oui » à tout.

La procrastination d’aujourd’hui, et avec elle la fatigue et l’incapacité à travailler, me demande de me poser un peu et d’examiner tout ceci. Elle me propose justement de ne rien faire et de prendre ce temps de vacance pour questionner à nouveau mes « je choisis », de prendre conscience que mes « je choisis » datent d’un autre temps et qu’il est temps pour moi de leur redonner du sens, ou de les modifier en disant que ce n’est plus mon choix. De retrouver le « oui », le « oui je choisis de faire ça parce que… » et le « oui j’ai de la joie à faire ça parce que… », avec des « je choisis » désormais alignés avec mon chemin.

Un résumé

Il y a plein d’autres exemples de procrastination, je vous laisse contribuer si besoin… Si je résume un peu ma vision des choses, je dirais que la transformation de la procrastination c’est ça pour moi :

  • d’abord comprendre que c’est un symptôme, un signal, pas un problème en soi ;
  • commencer, si besoin, par traduire la part de moi qui n’aime pas que je procrastine, et lui donner de l’empathie ;
  • ensuite prendre le temps de me poser, de ralentir, et d’écouter le signal intérieur qui va me permettre de faire émerger la cause et le message de ma procrastination ;
  • une fois que je suis connectée à ce message, l’action juste émerge bien plus facilement, et soit je continue de ne rien faire, dans une merveilleuse détente, soit j’agis, dans une merveilleuse détente aussi.

Finalement, j’arrive toujours au même point : les chips et le canapé euh non, hey, la détente… La grande classe…


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