La présomption d’innocence, ou comment soigner ses interprétations

J’ai hésité à titrer cet article « j’interprète tu interprètes nous interprétons », car c’est vraiment d’interprétation qu’il va s’agir ici. Le point de départ, c’est cette prise de conscience que mon monde est essentiellement basé sur mon interprétation des paroles ou des actes d’autrui. Et en regardant autour de moi j’ai un peu l’impression que je ne suis pas la seule dans ce cas… A partir de là, j’ai quelques ressources qui me permettent de composer avec cette réalité : aller vérifier mon interprétation ; choisir une autre interprétation ; pratiquer la Communication Nonviolente. Je vous en dis plus ici.

Pour préciser le vocabulaire

Une interprétation c’est la façon dont je comprends les actes ou les paroles de quelqu’un d’autre, en lien avec ce qui se passe à l’intérieur de moi, mon histoire, mon éducation, mon humeur du moment, l’histoire passée avec l’être en question, etc.

Quand je confonds mes interprétations avec la réalité

C’est la porte ouverte à toutes les fenêtres comme dirait Coluche ! Par exemple j’entends « peux-tu me passer le sel s’il te plait » et j’interprète « ton plat n’est pas bon il manque de sel ». Ou encore je vois quelqu’un passer devant moi sans me saluer et j’interprète « machin est fâché contre moi ». On voit bien sur ces deux exemples un peu extrêmes que j’ai vraiment le pouvoir de me créer une vie de merde en choisissant ces interprétations plutôt que « machin aime quand il y a beaucoup de sel dans ce plat » ou bien « machin ne m’a pas vue ce matin ».

L’interprétation c’est 100% du temps !

C’est un peu extrême évidemment comme exemples, super simplistes on dirait, mais on peut faire beaucoup plus subtil. Carrément plus subtil puisqu’il me semble aujourd’hui que j’interprète à chaque seconde ! Chaque chose que j’entends est traduite dans mon propre vocabulaire, ça me semble d’ailleurs être le fonctionnement normal de mon cerveau aujourd’hui. La qualité de mon interprétation première va dépendre de plein de facteurs, plus ou moins conscients. La plupart du temps mon interprétation n’est pas trop trop loin de la réalité, sans toutefois être exactement fidèle à la réalité de l’autre, et parfois je suis complètement à l’ouest…

Bon alors je fais quoi avec ça ?

D’abord, je me souviens ! Je me souviens que ma réalité est façonnée par mes interprétations, je me souviens qu’il est normal d’interpréter, et je garde en tête que mon interprétation n’est pas la réalité. Je n’oublie pas tout cela, et je ne crois plus que mes pensées représentent fidèlement la réalité. Je peux donc prendre la responsabilité de mon interprétation, la responsabilité des sentiments qu’elle génère, en lien avec des besoins nourris ou pas.

Ne pas confondre la réalité avec mes interprétations est pour moi une clef fondamentale de conscience aujourd’hui, et une clef vers la détente et la paix intérieure, parce que cela me permet de prendre un peu de distance avec mes interprétations et d’agir pour me rendre la vie plus belle. Selon mes moyens et les circonstances j’utilise plusieurs actions :

  1. aller voir l’autre pour vérifier mon interprétation ;
  2. choisir une autre interprétation grâce à la présomption d’innocence ;
  3. pratiquer la Communication Nonviolente, pour écouter au-delà des mots.

Aller vérifier mes interprétations

Avoir de la clarté sur le fait que j’interprète tout le temps (et que c’est humain) me donne envie d’aller voir chez l’autre ce qu’il en est vraiment. Pour le dire autrement : j’ai pas vraiment envie de me prendre la tête sur un truc qui sort de mon imagination. Si je suis même pas sure que ça soit vrai, alors j’ai pas envie de me faire des noeuds aux cheveux avec, surtout si je peux faire autrement.

Alors je vais demander : « quand tu as dit ça …, est-ce que tu voulais dire ça …, ou autre chose en fait ? ». Et ça franchement c’est top, parce que non seulement je réalise qu’effectivement je n’avais pas tout bien compris et donc j’ai la chance de pouvoir mieux comprendre, mais double effet kiss cool l’autre se sent mieux entendu.e aussi, gagne une chance supplémentaire d’être compris.e et la connexion entre nous s’en porte d’autant mieux.

La présomption d’innocence

Si c’est compliqué d’aller vérifier (pour des raisons pratico-pratiques ou bien si je suis tellement stimulée par mon interprétation que je ne préfère pas ouvrir la bouche en présence de l’autre à ce sujet), j’ai un outil génial dont m’a parlé mon petit frère, en poste dans une grosse boîte américaine : la MRI. MRI ça veut dire « most respectful interpretation » (interprétation la plus respectueuse), et essentiellement ça consiste à interpréter la parole / l’acte en prenant pour point de départ que les intentions de l’autre sont les meilleures qui soient dans la situation.

Donc je pose l’intention de l’autre comme étant indiscutablement une belle intention, et à la lumière de cela je tente de trouver une autre interprétation. Autrement dit, j’ai confiance en la beauté de l’être humain en face de moi, en sa volonté d’avoir une relation de qualité avec moi, c’est indiscutable, et je cherche une interprétation qui soit respectueuse de ce prérequis posé. Dit encore autrement, je présume l’autre innocent (et beau), et je cherche une explication qui préserve et mette en valeur son innocence et sa beauté.

Et là vous pourriez me dire : et si ton interprétation est fausse, si tu te goures ? En fait je m’en fous qu’elle soit juste ou fausse cette deuxième interprétation, j’ai bien conscience que ça reste à nouveau une interprétation. Ce n’est pas la vérité qui m’intéresse ici, c’est juste que ça me permet de voir l’autre en face de moi sous un beau jour, ça me permet de voir un être avec qui j’ai envie d’être en lien, vers qui j’ai à nouveau l’élan d’aller, le coeur ouvert.

Et la CNV dans tout ça ?

La Communication Nonviolente est un paradigme merveilleux pour naviguer dans la belle forêt de mes interprétations, à plusieurs titres :

  • Elle m’invite à ne pas mélanger mes interprétations, jugements, évaluations avec la réalité, en me proposant de bien distinguer les deux, et elle m’apprend à faire des observations rigoureuses, factuelles, précises.
  • Elle m’invite également à aller clarifier mes interprétations, en faisant des demandes claires, entendables, qui prennent soin de l’autre et de la connexion entre nous, si mon intention est claire à ce sujet.

Au-delà de tout cela, elle m’invite aussi à ne pas forcément prêter attention aux mots précis employés par l’autre mais plutôt à aller écouter ses ressentis et ses besoins quand elle.il dit ceci. Autrement dit je n’essaie même plus d’interpréter les mots et les actes d’autrui en pensées et en mots à moi, j’essaie d’aller directement à la source, j’essaie de ressentir ce qui pourrait se passer en l’autre d’important quand elle.il utilise ces mots-là. C’est une autre manière de me connecter, au-delà des pensées et des interprétations, qui peut m’aider également à voir en face de moi un être humain, beau et inconditionnellement merveilleux, vers qui j’ai l’élan d’aller pour voir ce qu’il en est vraiment.

Allez, à vous, qu’est-ce que ça génère tout ça chez vous ? Et comment faites-vous en pareil cas ?


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4 commentaires sur “La présomption d’innocence, ou comment soigner ses interprétations

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  1. Tout à fait d’accord, et tu détaille très bien ce que dit le 3ème accord toltèque : ne fais pas de suppositions.
    Pour les attitudes à avoir, il me semble que la 1 et la 2 sont indissociables : Oui en cas de doute, il faut aller voir l’autre pour vérifier mon interprétation. Mais il me semble que c’est encore mieux si j’y vais en ayant déjà suivi ta recom. N°2, càd en ayant décidé que fondamentalement « machin » ne me voulait pas de mal en me demandant le sel. Pour moi, cela change l’entrée en matière lorsque je vais le rencontrer. Au lieu d’arriver avec une demande de confirmation pourrie (« Tu voulais dire que je n’avais pas assez salé ? ») et probablement une attitude qui fait passer beaucoup de négatif dans le non-verbal et para-verbal, j’arrive avec des questions plus ouvertes, et une attitude d’accueil qui (normalement) permet d’obtenir une explication simple et non conflictuelle. Car dans ce cas, je vais voir un innocent, et non pas un agresseur potentiel.
    Quand au 3, ben je débute 😉

    1. Merci pour ce commentaire! En effet, je suis tout à fait d’accord avec toi sur le fait que d’aller rencontrer l’autre en ayant au préalable remis à plat mon interprétation est bien plus efficace. Je te rejoins dans l’idée qu’aller vérifier un truc en ayant en tête l’idée de ma première interprétation est voué au désastre 🙂
      Merci pour cette clarification!

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