L’intention avant le processus ou la technique

Aujourd’hui j’ai envie d’aborder un sujet qui me tient vachement à coeur, qui touche à mon intention, ma posture.

Pour faire un petit résumé rapide, l’idée que j’ai envie de vous soumettre c’est celle-là : j’ai remarqué parfois que je cherche à appliquer un processus (par exemple celui de la Communication Nonviolente, et plein d’autres choses comme on le verra plus bas) mais que ça ne marche pas bien et que je me questionne sur comment faire.
Et j’ai réalisé que quand j’en suis là, c’est que mon intention (ou ma posture ou mon attitude) n’est pas assez claire. Et qu’il ne me sert à rien de mettre de l’énergie sur « comment bien faire le processus », mais qu’il est bien plus efficace d’ajuster ma posture plutôt. Je vous raconte tout ça plus bas.

S’exprimer en Communication Nonviolente

J’ai remarqué plusieurs fois en Communication Nonviolente le phénomène suivant : j’ai fait un peu de chemin, j’ai exprimé une observation en démêlant les faits de mes interprétations. Je suis en lien avec mes émotions et mes ressentis à ce sujet. J’ai écouté mes jugements et mes sensations corporelles et j’ai tout traduit en besoins. Je me retrouve ensuite au stade où je rame à chercher comment je vais pouvoir exprimer une demande à l’autre. Et là je bloque, je ne trouve pas bien les mots, ça sonne pas juste, et je me dis que je ne sais pas bien faire, et je vais chercher du soutien pour « faire une bonne demande ».

J’ai eu plusieurs fois la chance d’avoir un vrai soutien, autrement dit un soutien qui m’aide à prendre conscience qu’en fait ma demande coince simplement parce que je ne suis pas encore au bon endroit, parce que je tente encore de faire changer l’autre à partir d’une énergie qui dit « tu ne devrais pas faire ainsi ».

La solution dans ces moments-là a été de me recentrer sur mes besoins et aspirations, à creuser davantage, à voir ce que je veux vraiment dans le fond, et à pouvoir dépasser le stade « tu devrais faire autrement ».
Et après, ça coule tout seul, la demande et mon expression vers l’autre se clarifient.

Mon signal aujourd’hui c’est donc : si je n’arrive pas à faire ma demande, c’est que je ne suis pas encore au bon endroit. Souvent c’est que je ne suis pas complètement sur ma colline (à parler « je », à dire « j’ai besoin de … ») et que je suis encore un peu sur la colline de l’autre (à parler « tu », à dire « j’ai besoin que tu … »).

Un petit exemple : rester à 100% dans ce qui me concerne (et arrêter de vouloir changer l’autre)

Il m’est arrivé il y a plusieurs années de me trouver face à un étudiant qui ressentait des difficultés à trouver un stage en entreprise et qui venait vers moi chercher une solution. En version chacal, ce que je me disais c’était « merde, il veut que je lui trouve son stage à sa place, je l’ai déjà vachement aidé, je ne vais quand même pas aller en entretien avec lui, c’est à lui de trouver, ça fait partie de l’apprentissage, etc. ».

Après trois jours intensifs de CNV (oui, c’était y a longtemps 😃, je débutais, et j’utilisais beaucoup mon cerveau à l’époque, le pauvre, il n’est pas très efficace pour ça) j’en étais encore au stade « j’ai besoin que chacun prenne ses responsabilités », autrement dit j’étais encore en train de penser « j’ai besoin que TU prennes tes responsabilités » au lieu de parler en « je »… De sorte que j’avais un mal de chien à trouver ce que j’allais bien pouvoir dire à cet étudiant.

Avec un peu d’aide, j’ai pu prendre conscience de cela, que je n’étais pas encore totalement sur ma colline, et j’ai pu petit à petit en arriver à ce que moi je voulais vivre vraiment : la détente, la paix, la considération (pour moi comme pour cet étudiant), la confiance (en sa capacité de trouver un stage qui lui corresponde). Et à partir de là j’ai pu m’exprimer clairement, et poser une limite sur ce que j’étais prête à faire et à ne pas faire pour le soutenir.

Un autre exemple : prendre une nouvelle habitude

Il m’arrive régulièrement de prendre une nouvelle habitude pour prendre soin de mon corps. Par exemple je mange moins de sucre ajouté, je mange moins de gluten et de chocolat, je fais de la marche ou du vélo régulièrement.

Là aussi j’ai remarqué le même phénomène que plus haut : si je suis concentrée uniquement sur l’habitude ça peut me demander beaucoup d’efforts, générer pas mal de frustrations (devant un pain au chocolat par exemple, ou une belle pluie diluvienne pile au moment d’enfourcher mon vélo), et il m’est arrivé d’être en mode « je dois prendre mon vélo » ou « le pain au chocolat c’est interdit » ou encore « il faut que je mange sans gluten ».

Et là aussi j’ai remarqué que si je mets mon intention en premier, c’est beaucoup plus simple : je me souviens de pourquoi je fais tout ça, je me connecte à mon intention, qui est de prendre soin de mon corps, je me connecte à la gratitude que j’ai pour mon corps qui me permet tant de choses. Et alors c’est hyper simple, l’habitude coule presque de source, je choisis de faire tout cela parce que c’est joyeux et doux pour moi, ce n’est plus une obligation ou une contrainte. Ce qui était auparavant source de frustration et hautement consommateur d’énergie devient léger, ludique, motivant et je le vis comme un challenge de gratitude pour mon corps et la vie qui me porte !

Encore un exemple : accompagner quelqu’un

Quand j’accompagne quelqu’un, pendant un stage ou autre, je peux là aussi rencontrer exactement la même chose. Je peux distinguer grossièrement deux attitudes. Je dis « grossièrement » car bien sûr la réalité est parfois plus fine et moins caricaturale… Deux attitudes donc. La première consiste à me focaliser sur la technique, à chercher ce que je vais bien pouvoir dire pour accompagner l’autre au mieux, à chercher la meilleure phrase, à tenter de bien faire. Quand je fais ça, j’ai remarqué que j’étais :

  • beaucoup moins en lien avec l’autre, car pendant que je réfléchis je suis moins disponible et moins présente ;
  • beaucoup moins présente à moi-même également, car la réflexion a lieu dans ma tête et me coupe donc en partie de mes ressentis et de mon intuition ;
  • plus fatiguée, car ça consomme de l’énergie de procéder ainsi.

Bon évidemment, ce n’est pas mal tout ceci, c’est simplement qu’il y a des conséquences à cela qui sont, à mon avis, un accompagnement moins doux, plus de fatigue de part et d’autre, et moins de communication entre moi et l’autre.

La deuxième attitude consiste à me focaliser sur ma posture et mon intention : ne pas avoir le projet de guérir ou résoudre quoi que ce soit mais simplement être présente à ce qui se vit en moi et en l’autre, avoir confiance en la vie en l’autre qui nous guide, en la vie en moi qui me guide également, en nos intuitions respectives qui nous mènent sans effort là où nous sommes attendu.es. Alors c’est comme si j’étais avec le courant, avec le flot, et que je ne faisais qu’accompagner quelque chose de plus vaste que moi à l’oeuvre en l’autre et entre nous. Je lâche mon envie d’emmener l’autre où que ce soit, de bien faire et je me concentre sur mon intention d’être présente et ouverte à ce qui est là. J’ai observé qu’alors :

  • je suis bien moins fatiguée et plutôt même ressourcée ;
  • je suis plus détendue ;
  • l’accompagnement est beaucoup plus fluide et source de joie et d’apaisement ;
  • le processus, la technique, tout ce que j’ai pu apprendre se mettent naturellement en place en soutien de mon intention, sans que j’aie à faire d’effort de réflexion : les idées d’intervention ou de non-intervention me traversent simplement et je les saisis au vol…

Comme tout à l’heure, ce n’est pas mieux cette posture (je ne souhaite pas tomber dans un débat bien / mal ici), c’est simplement que les conséquences sont différentes, et qu’à choisir, si j’ai les moyens de mettre mon intention avant le processus (parfois j’en suis simplement incapable), je préfère ces conséquences-ci.

Plus généralement : la question « comment trouver les bons mots ? »

Il m’arrive régulièrement de revenir sur des situations relationnelles du passé récent (le jour même, la veille) qui m’ont activée et de prendre le temps d’y voir clair en moi. J’aime faire cela afin de ne pas laisser des interprétations, des colères, du ressentiment, de la tristesse, et plein de pensées tourner en boucle dans ma tête et me couper de la personne qui m’a activée.

Après un temps de clarification, il m’arrive parfois de vouloir aller parler à l’autre, pour exprimer ce qui se passe en moi, et pour entendre ce qui se passe en l’autre. Et plus d’une fois je me suis retrouvée face à cette question de « trouver les bons mots ». C’était étrange, j’avais vraiment l’impression d’avoir tout clarifié, et pourtant les mots ne venaient pas vraiment, ou ne sonnaient pas juste en moi.

A chaque fois (oui, à chaque fois, il n’y a aucune exception dans mon expérience personnelle…) il s’est avéré que ma clarification n’était pas terminée, et qu’en particulier je n’étais pas au clair sur mon intention derrière le choix de vouloir m’exprimer. Autrement dit, mon intention « apparente » (celle que je croyais dans ma tête) était bien d’être en lien, de rouvrir le canal de communication, mais mon intention profonde était encore de recevoir de l’empathie, car je ne m’étais pas moi-même suffisamment entendue, et j’avais raté une partie du message corporel / intuitionnel / mental. A chaque fois que j’ai pu continuer à clarifier (souvent avec du soutien), j’ai senti un déclic intérieur, un alignement avec mon intention, et les mots sont arrivés avec justesse, fluidité, sans vraiment réfléchir.

Ainsi aujourd’hui je suis super confiante : si je ne sais pas trouver les bons mots, il sera doux pour moi de ne pas encore parler, et de reconnaître simplement ma difficulté à trouver les mots comme un formidable signal que mon travail de clarification n’est pas abouti. Ainsi je ne suis plus agacée ou énervée contre moi quand je ne trouve pas les mots : j’ai simplement de la gratitude pour mon cerveau qui m’indique ainsi que j’ai encore un peu de chemin à faire. En gros, cette difficulté est simplement mon guide intérieur qui m’envoie des messages. Qu’est-ce que j’adore voir la vie sous cette angle !

Plus généralement tout court

Plus je fais attention à cette histoire d’intention, de posture, plus je vois ça à l’oeuvre dans de nombreux aspects de ma vie. J’ai l’impression que pour un très grand nombre de méthodes c’est ainsi :

  • prendre une nouvelle habitude (se souvenir du but, plutôt que ramer sur la mise en place)
  • essayer d’enseigner quelque chose à quelqu’un, ou à un groupe de quelqu’uns (se souvenir que l’humain apprend naturellement et joyeusement si ça l’intéresse, plutôt que se creuser la tête pour enseigner de force)
  • changer d’alimentation (se souvenir de l’objectif, plutôt que lutter contre les frustrations)
  • utiliser un code informatique ou un modèle numérique (se souvenir des hypothèses et limites initiales, plutôt que s’étonner que ça marche pas)
  • écouter ou accompagner un être (se concentrer sur la posture de « simple » présence, plutôt que vouloir résoudre ou savoir à la place de l’autre)
  • communiquer en couple ou avec ses proches, et moins proches aussi d’ailleurs (garder en tête que la relation prime sur le résultat)
  • organiser un évènement (garder l’objectif global en tête, et éviter de se perdre dans des méandres d’aspects logistiques et techniques)

Si j’oublie l’intention derrière la méthode, si je me concentre sur les aspects techniques en oubliant ma posture et mon positionnement, alors je la vide de sa moelle, de son but, de sa motivation initiale. Et ça finit (pour moi en tout cas) par ne plus marcher : je vais ramer parce que les résultats ne sont pas top, je vais chercher à améliorer ma technique, à modifier la méthode, je vais y mettre et y perdre de l’énergie, en oubliant et en m’éloignant de son intention. Et tant que je reste à cet endroit là, le problème est insoluble et ça continuera à ne pas marcher.

Les indices que j’en suis là

Pour moi il y a maintenant des indices physiques. Quand ça coince, ça grince, quand je « ne sais pas », quand mon cerveau cherche un peu fort « comment faire », alors je sens de la fatigue, et surtout une tension dans mon corps. Ça se manifeste parfois au niveau des épaules, du plexus, du rythme de ma respiration, de mon ton de voix.

Parfois je n’ai pas la chance d’avoir conscience de ces indices assez tôt, alors c’est plutôt mon niveau d’énergie et ma fatigue physique qui seront des signaux que quelque chose n’est pas ajusté. Tout ceci me permet de voir (parfois 😃) que seule ma tête bosse sur la question, et que j’ai oublié de brancher mon coeur et mon intention.

Bon évidemment, comme toujours, ce n’est ni bien ni mal, c’est simplement que les conséquences sont différentes, et que je préfère avoir un résultat à la hauteur de mon rêve pour une dépense énergétique moindre plutôt que l’inverse…

Et en pratique comment faire ?

Quand je réalise que je ne suis pas sur la voie qui mène à ce que je souhaite, mon seul outil est de marquer un stop, de faire une pause, et de me recentrer sur mon intention. Je me questionne : qu’est-ce que j’ai envie de vivre ? Quelles est ma posture ? Quel est mon projet avec cet être ou cette situation ?

L’important n’est pas ici de réfléchir avec ma tête mais de laisser résonner les questions en moi, afin de rebrancher le coeur et le corps et leur donner la parole. Le grand intérêt pour moi est que mon corps ne ment pas (alors que ma tête se raconte parfois des histoires) et que mon coeur est tendre et doux (alors que ma tête s’emballe parfois à râler).

Techniquement ça peut se faire avec un petit temps de méditation, ou encore mettre mon attention dans mon corps et laisser émerger ce qui veut se dire. Ainsi ça devient bien souvent beaucoup plus fluide et plus clair. A ce stade là, mon intention revient au premier plan, et la méthode devient un bel outil au service de mon intention. Quand mon intention est bien ancrée, les aspects « techniques » de la méthode s’ajustent sans effort, et les grincements s’apaisent.

Les limites

Les limites de tout ceci, ce sont simplement les miennes : parfois je n’ai même pas conscience que je rame dans une purée de choux de Bruxelles… La sensibilité aux indices physiques est vraiment quelque chose qui se pratique, se travaille, s’affine avec le temps (voir par exemple le focusing), et qui permet petit à petit de sentir davantage les choses.

Parfois j’en ai conscience mais je n’ai absolument aucun moyen d’agir sur mon comportement, je me vois faire, un peu impuissante. Là mon seul recours c’est l’humour, la tendresse et la douceur interne, l’accueil de mes limites, le deuil de ce que je n’arrive pas à faire, pour éviter la double peine d’avoir un critique interne qui me tape dessus.

D’autres fois encore j’en ai conscience, j’arrive à faire une pause, mais rien ne vient, tout est bloqué, impossible de revenir à mon intention, impossible de voir et sentir autre chose que ma tension. Bien souvent c’est que ma tension recèle un message qui a besoin d’être pleinement entendu et accueilli avant de pouvoir passer à la suite.

Dans ces moments-là j’aime bien me faire accompagner. Le questionnement bienveillant de quelqu’un d’autre, une invitation douce à aller dans mon corps, à écouter la voie de l’intérieur, un accueil de la tension, tout ceci me soutient pour la descente en moi. Et le double effet kiss cool c’est que c’est super bon d’être en lien à cet endroit là avec un autre être, quelqu’un qui écoute sans flancher ce qui se passe en moi et est présent et bienveillant à mes côtés.

Voilà pour ça… Et vous, ça vous inspire ce thème ? Voyez-vous des choses que j’ai oubliées ? Des trucs sur lesquels vous voulez réagir ?


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