Y aller malgré la peur de me lancer

Bon le vrai titre ça serait plutôt « y aller avec la peur », car je la vois comme une alliée et pas une adversaire, mais c’est plus habituel et clair si j’écris « malgré la peur » pour le moment…

Aujourd’hui j’aimerais donc aborder cette question de la « peur de se lancer ».
C’est une vaste question, n’est-ce pas…
Comme je suis en apprentissage sur ce sujet, j’ai choisi de prendre un petit exemple, et pas un enjeu majeur, pour voir ce qu’on peut déjà en tirer.

Le contexte

J’enseigne à l’université et bien souvent, en fin de séance d’exercices, certain·es des étudiant·es de ma classe sont un peu fatigué·es et en ont marre de travailler. Ça se traduit soit par de l’agitation soit par de l’apathie, mais dans tous les cas les stylos sont rangés et l’engagement dans l’effort aussi. A ce stade là ma rengaine a longtemps été : « la séance n’est pas terminée, donc en pratique vous avez le choix : 5 minutes de maths ou 5 minutes de méditation ». Non-verbalement y a plutôt de la douceur et de l’amusement dans ma posture, car dans le fond je compatis avec leur baisse d’énergie. L’effet de cette remarque est souvent un petit regain d’énergie, un sourire, la personne se redresse, moi je me sens plus en lien. Mais concrètement ça ne bosse pas beaucoup plus. Et parfois, parfois, j’ai une question ou deux sur « mais madame en fait c’est quoi la méditation ? »

L’envie pointe son nez, et la trouille avec elle…

Depuis le début de cette remarque (ça doit faire trois ans maintenant) et le début des questions estudiantines (trois ou quatre questions en trois ans, ça va c’est cool), éclot en moi cette envie de tenter la méditation en plein cours.

Et à la rentrée de septembre, nouvelles têtes et cette fois l’envie arrive fort « cette année je leur propose un peu de méditation ». Je mets donc dans ma liste de trucs à faire « Me renseigner sur la méditation à l’université et préparer un truc », deadline pour la semaine suivante, autrement dit : la veille du deuxième cours.

Au début du troisième cours j’en suis au même stade : ça fait deux semaines que je remets consciencieusement au lendemain la tâche sus-nommée, que je ne me renseigne pas sur internet, que je prépare que dalle, que j’ai envie mais que je n’ai toujours rien fait.

Flash de courage…

J’aime à croire que je reçois du soutien quand j’en ai besoin, cette fois ci ce fut sous la forme d’un flash de réalisation : si je ne fais pas ça aujourd’hui je ne le ferai jamais. Dans le fond j’ai tout simplement la trouille de me lancer, et des heures de préparation préalables n’y changeront rien : je ne serai jamais plus prête que maintenant. Comme Harry Potter la veille de l’excursion au Ministère dans le tome 7.

Et là, deuxième effet kiss-cool du soutien que je reçois : c’était doux, sans critique ! J’ai juste vu en face de moi ce choix, hyper doux : soit j’y vais maintenant, soit ça sera l’an prochain. C’était doux car je sentais qu’il était ok de renoncer (pas honteux), que ma peur était ok, que j’avais le droit de faire demi-tour. Je sentais juste une vibration aimante qui dit « t’as peur, et en même temps t’en as envie, alors vas-y quand même ».

Alors je me suis lancée… Je vais en faire un post à part car c’est important pour moi de laisser une trace sur comment j’ai fait (et parce qu’après coup j’ai cherché sur internet et je n’ai rien trouvé qui y ressemble). Toujours est-il qu’à la fin de l’heure, j’ai fait quelques minutes d’explication, j’ai proposé à celles et ceux qui le souhaitaient de quitter la salle et aux autres de rester, et j’ai guidé pour une minute de méditation.

J’ai survécu…

J’en dirais plus dans le post à part, mais le résultat c’est qu’il s’est passé plein de trucs bons :
– je ne suis pas morte
– la plupart des étudiant·es sont resté·es
– ça s’est plutôt bien passé

De quoi j’avais peur dans le fond

Dans le fond, voici la pile de mes peurs :
– que tout le monde quitte la salle
– que personne ne suive les propositions d’instructions pour méditer
– qu’il y ait trop de bordel et que je ne sache pas gérer les réactions
– d’avoir l’air vraiment très con et ridicule
– d’avoir honte

Et voici la liste des conséquences possibles en vrai :
– que tout le monde quitte la salle et que je retourne à mon bureau, vivante quand même
– que ça se passe bien
– qu’il y ait des gloussements, et que je sois capable de les intégrer à l’expérience
– qu’au moins une personne en retire un bénéfice
– qu’au moins une personne apprécie et recommence à la maison
– que d’autres prof·es fassent ça en cours aussi, et que nos classes s’apaisent
– que je sois hyper fière de moi et contente d’avoir eu le courage de me lancer
– que ça booste ma confiance pour faire des trucs bizarres
– que ça me détende avec qui je suis, même si c’est un peu hors norme
– que je sois plus authentique, plus en lien avec ce que j’aime vivre et qui fait sens dans ma vie
– que je soit capable de faire face à ma honte sans peur
– que je sois capable de sentir ma peur à mes côtés et d’y aller quand même

Bilan : comment approvoiser les « petites » peurs de me lancer

Grâce à ce genre d’expériences je sais désormais comment faire. Je connais les bénéfices de me lancer, je sais que je ne meurs pas et qu’au pire j’ai une bonne session de honte à vivre (pas confortable mais toujours très instructif). Je sais que je ne serai jamais vraiment prête, que la peur fait partie de l’expérience, et qu’elle est à mon service (elle me donne de la clarté et de l’énergie pendant l’action, et du contentement après l’action).

Dans le fond, apprivoiser les petites peurs de me lancer est comme un beau bac à sable pour les plus grosses peurs, un champ d’expérimentation avec des petits enjeux, qui me permet d’apprendre à agir avec la trouille et de contacter mon courage dans un cadre plutôt sécure. Ça nourrit ma confiance en moi, ma confiance globale. Et ça me soutient pour les plus grosses choses à venir…

Gratitude

Une bonne grosse célébration au passage : j’ai de la gratitude pour moi d’avoir osé, car ça nourrit ma confiance en mes capacités d’évolution, mon estime de moi sur le thème du courage, ça nourrit le sens que je trouve dans mon job, ça m’a aussi donné de la joie de méditer avec des jeunes adultes, que du bon j’vous dis…

Une petite clef au passage

Un truc qu’il serait peut-être bon de mettre en évidence est le suivant : quand je me lance j’ai encore peur. La clef pour moi est d’y aller vite, suffisamment vite pour ne pas mettre en route mon cerveau reptilien (celui qui va bloquer mon corps), de ne pas trop réfléchir pour ne pas avoir le temps de vraiment paniquer.

Et pour les gros trucs

Pour les plus gros trucs (avec de plus gros enjeux de sécurité affective, matérielle, autre), je vois ça à peu près de la même manière, avec un peu plus d’étapes préalables :
– rencontrer les couches de peur qui bloquent toute idée d’y aller (peut-être j’ai des croyances, des blocages, des obstacles à traverser, des trucs importants à entendre d’abord) ;
– après un temps d’apprivoisement, il vient un moment où je suis capable d’arrêter d’attendre de ne plus avoir peur ;
– et là j’y vais, vite, avec ma peur tout contre moi, je saute dans le vide.

Tout au long du processus, je cultive la confiance globale, je mets du baume sur ce qui en moi a besoin de sécurité, j’apprends à me détendre dans l’incertitude, j’apprends à avoir confiance dans l’incertain (bon j’avoue que c’est un gros truc ça, c’est même sans doute le pilier pour les gros enjeux, on en discutera…) et à écouter les signes qui me guident (idem, on en reparlera peut-être…).

Et vous, qu’avez vous appris de ce genre d’expérience ? Quelles sont vos propres idées pour vous lancer ?

Pratique

Pour celles et ceux qui le souhaitent, je vous propose la pratique suivante :

  1. Sans trop réfléchir, laissez émerger spontanément un truc que vous aimeriez faire mais que vous ne faites actuellement pas car vous n’osez pas.
  2. Sans trop réfléchir non plus, voyez s’il émerge un premier petit pas dans cette direction.
  3. Connectez-vous à ce petit pas, et voyez alors ce qu’il se passe :
    1. Vous sentez que ça serait ok d’y aller : alors faites-le !
    2. Vous sentez que ça bloque, vous avez peur, vous cherchez des excuses, vous vous justifiez : prenez un temps pour respirer avec tout ça sans vous juger (ou faites un peu plus de place pour tous les jugements qui arrivent), et faites un peu de place à l’intérieur de vous pour tout cela, voyez si vous êtes ok de dire « bienvenue » à la peur et aux blocages, aux jugements, respirez avec tout ça.
  4. Racontez votre expérience en commentaire, célébrez vos victoires ou vos verrous, partagez ce qui s’est passé pour vous !

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